Dear dad,

Hommage

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Il y a une année, je t’ai écrit une lettre, puis je l’ai perdue. Je recommence parce que je n’arrive pas à m’endormir, et je dois te rendre hommage comme je le fais souvent pour ma petite maman. Aujourd’hui, je lui ressemble de plus en plus, papa. Mais bien sûr, elle reste la plus belle femme du monde. Et puis, j’ai ton nez; ce qui n’est pas évident d’entrer en compétition avec elle (même si ça fait de moi un joli cocktail de vous deux, lol).

Papa, depuis le jour où tu es parti, je ne cesse de grandir. J’ai même l’impression d’avoir vieilli depuis. La vie n’a pas été ausssi rose que dans mes rêves, tu t’en doutes. Parfois, elle a été une vraie lutte et ma patience, mon courage ont été mis à l’épreuve, papa. J’ai appris à pardonner, à défendre les autres même quand je ne suis pas dans le confort total. J’ai compris que la joie et le bonheur sont faits pour être partagés. Que la vie a plus de valeur que quand on la met au service des autres. Maintenant, je vous comprends mieux toi et maman sur vos choix dans vos vies. J’aurais aimé pouvoir vous arriver à la cheville, mais je fais de mon mieux. Je sais, vous ne m’en voudriez pas parce que je n’exerce pas ni dans l’armée ni dans la médecine. Vous auriez simplement aimé que je sois originale. N’est-ce pas ? Je le suis, à ma manière.

La vie a fait que je combine une certaine dose de ton courage, ta patience, ton intégrité, ta franchise (même quand ça choque certains), ton humour, ton patriotisme. Bref, ton coeur  et celui de maman afin de pouvoir m’ouvrir à ce monde qui s’emploie à s’obscurcir du jour au lendemain. Des fois, elle me manque beaucoup l’époque où j’étais ‘’l’enfant chéri de papa et maman’’. Où le mot d’ordre de tous les jours était ‘’ndekera umwana’’(laisse mon enfant tranquille). J’ai comme une envie de redevenir une petite fille gâtée par ses parents ! Je sais pourtant que ce moment est révolu.

Mais papa, sache que je ne regrette rien de ce qui est arrivé. Parce que ça m’a aidé à grandir. La vie m’a forgée. Elle m’aidé à regarder mes amis comme ‘’mes frères et sœurs’’.  J’ai même eu des enfants, papa. Certains de mes amis m’appellent ‘’Maman Solidaire’’.

Tu ne vas pas me croire, papa, mais aujourd’hui j’aime bien mon nom de famille ‘’Ndikumana’’. Je ne le trouve plus ni trop masculin ni trop ‘’militaire’’ (amazina yabasoda, maskini). Je suis fière de le porter, papa. Je suis parmi les rares à porter  le même nom que leurs deux parents. #NDIKUMANA est tellement précieux à mes yeux maintenant. Et devine quoi! J’ai même ajouté ma touche, papa: le prénom de maman ‘’Ancilla’’.

Sais-tu ce qui me rend si fière de toi, papa ? Vingt-et-un ans plus tard, quand je croise quelqu’un de ton époque, il ne dit toujours que de bonnes choses sur toi. Certes, certains y mettent une dose de tes petites gaffes, blagues. Mais ton nom ne m’a jamais causé de problème.

Autre chose, c’est bizarre mais je remercie le seigneur que tu sois parti un peu tôt au lieu de finir assassiné, enlevé ou emprisonné injustement comme certains de tes amis, eux aussi pères de familles. Disons qu’on a été chanceux sur ce coup. Tu devrais aussi être fier de nous, tes enfants. Parce que nous sommes restés unis par l’amour que vous partagiez toi et maman. On vous ressemble sur tous les points, à tous les coups. C’ en est presque drôle de continuer à vous voir en nous.

Je t’aime papa! Et si j’avais une possibilité de choisir un père, je te choisirai encore, et toujours. Tu me manques beaucoup, papa.

Gratia Ancilla Ndikumana

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